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Histoire du neurofeedback

Sep 26, 2018 | Recherches scientifiques

Apparu au début du siècle dernier, le neurofeedback connaît un véritable regain de popularité depuis une décennie. De l’application thérapeutique au bien-être, son utilisation n’a cessé d’évoluer pour demeurer en phase avec les besoins psychologiques et physiologiques des individus à travers les époques.

Comment est né le neurofeedback ? Dans quel but a-t-il été inventé ? Pour bien comprendre l’intérêt et les objectifs de cette pratique, mieux vaut commencer au début ! Voici l’histoire du neurofeedback, de ses prémices à son utilisation moderne.

 

Avant le neurofeedback… L’électroencéphalogramme

La découverte du neurofeedback n’aurait sans doute jamais eu lieu sans l’invention de l’électroencéphalogramme (EEG) en 1924, que l’on doit au neurologue Hans Berger. Les différents travaux de recherches de Berger réalisés entre 1929-1938 constituent d’ailleurs le socle des connaissances actuelles sur les ondes cérébrales et leurs fréquences, qui régissent en grande partie notre compréhension du cerveau humain. Berger est en effet à l’origine de la découverte des ondes alpha et bêta, fréquences caractérisant deux états psychologiques distincts : l’éveil « calme » et l’éveil « actif ».

En 1932, Dietsch prend le relai en appliquant aux fréquences détectées par EEG une série de Fourier. La théorie mathématique de Fourier permet dès lors de décomposer les signaux captés par EEG, donnant naissance à l’électroencéphalographie quantitative (QEEG). Le QEEG est, encore aujourd’hui, une méthode des plus répandues pour traiter les informations recueillies par EEG.

En 1960, le professeur en psychologie à l’Université de Chicago Joe Kamiya réalise un article au sujet de ses expériences sur les ondes cérébrales alpha. Ses travaux, publiés dans la revue Psychology Today, marqueront les prémices du neurofeedback tel qu’on le connaît aujourd’hui et participeront grandement à populariser cette pratique.

 

Kamiya : les prémices du neurofeedback

Convaincu que l’homme est capable de contrôler son activité cérébrale, et donc les ondes émises par son cerveau, Kamiya décide de procéder à une expérience en deux phases qui s’avéra décisive pour l’avenir du neurofeedback. L’expérimentation est menée sur des sujets conscients, dont les ondes cérébrales sont mesurées en temps réel par QEEG.

 

Première phase de l’expérience : la conscience d’un état psychologique (rythme alpha)

Dans cette expérience, le sujet est affublé d’électrodes reliées à un EEG et conserve les yeux fermés. Le professeur Kamiya émet régulièrement une certaine tonalité – toujours la même. À chaque fois que la tonalité se fait entendre, le sujet doit déterminer s’il se trouve en éveil actif (ondes alpha) ou non. Pour chaque réponse donnée par le sujet, il se voit informé en temps réel de son échec ou de sa réussite dans l’optique de s’inscrire dans un processus d’apprentissage.

L’objectif de cette phase de l’expérience est en effet d’obtenir du patient qu’il puisse déterminer, systématiquement  et avec justesse, dans quel état cérébral il se trouve. Les résultats de cette première expérience sont concluants : au premier jour, les sujets ne donnent que 50% de bonnes réponses. Mais au bout de 4 jours d’expérimentation, ils s’avèrent capables de donner 100% de bonnes réponses. Cette première phase de l’expérience démontre avec succès que le sujet peut être pleinement conscient de son état psychologique (éveil actif ou éveil calme) et donc de son activité cérébrale (ondes bêta ou ondes alpha).

 

Deuxième phase de l’expérience : contrôler son état psychologique (rythme alpha)

La seconde partie de l’expérimentation de Kamiya vient poser les bases du neurofeedback moderne en amenant les notions de contrôle et de régulation consciente de l’état cérébral. L’objectif du professeur est en effet d’apprendre aux sujets, grâce à un entraînement adéquat, à maîtriser leur activité cérébrale.

Durant cette phase de l’expérience, les sujets devaient entrer – ou ne pas entrer – en état alpha de leur propre chef. Il leur a donc été demandé de basculer en état alpha quand un son de cloche retentissait une fois, et de ne pas entrer dans cet état quand le même son de cloche sonnait deux fois. Une fois encore, l’expérience de Kamiya fut un succès et permit de démontrer que les ondes cérébrales ne demeuraient pas fatalement involontaires.

 L’expérience de Kamiya met l’accent sur un aspect primordial du neurofeedback : l’entraînement. En effet, sans l’apprentissage effectué lors de la phase 1 de l’expérimentation, les sujets se seraient probablement montrés incapables d’identifier leur état alpha, puis d’y basculer volontairement par la suite. La démonstration n’a pu être concluante que parce que les sujets avaient bénéficié d’un retour sur leur activité cérébrale.

 

Du neurofeedback au Neurofeedback Dynamique

Dans le cadre de l’expérimentation de Kamiya, les ondes alpha, qui correspondent à l’éveil calme, ont été liées au concept de relaxation. Ainsi, l’entraînement reçu par les sujets portait sur des exercices visant à contrôler et à diminuer le stress. Suite aux découvertes de Kamiya, les adeptes du bien-être se sont donc naturellement penchés sur les opportunités qu’offrait le neurofeedback en tant que pratique de relaxation à part entière, mais aussi en tant qu’outil pour attester de l’efficacité de leurs méthodes traditionnelles.

À partir des années 70, le neurofeedback est alors utilisé par des professionnels de la santé psychologique (sophrologues, psychologues, psychiatres, etc.) pour vérifier et valider leurs pratiques. Jacobson et Caycedo font partie des pionniers à utiliser le neurofeedback pour observer scientifiquement les résultats de leur technique de relaxation progressive.

Alors que le neurofeedback emprunte une voie plutôt thérapeutique, certaines pratiques dérivées viennent s’ancrer dans le domaine du bien-être. NeurOptimal, ou Neurofeedback Dynamique, vient prendre le relais du neurofeedback pour aider les individus à lutter contre le stress et l’anxiété.

Protocoles simplifiés, mais détection des changement beaucoup plus évoluée (durée, intensité, fréquence et changements), matériel informatisé, entraînements peu intenses et propices à la détente… Le Neurofeedback Dynamique se veut moderne et simpliste, pour une utilisation clivant avec l’usage médical du neurofeedback traditionnel.

 

Le neurofeedback thérapeutique et médical

En 1971, une expérience démontre que des sujets épileptiques ayant participé à un entraînement de neurofeedback voient les symptômes provoqués par leurs crises durablement atténués. La sphère scientifique se penche sérieusement sur l’utilisation médicale du neurofeedback, et son usage thérapeutique s’étend rapidement au syndrome du Stress Post-Traumatique chez les vétérans de guerre et au Trouble du Déficit de l’Attention (TDA) avec ou sans Hyperactivité (TDAH). Parallèlement, le matériel nécessaire à la pratique du neurofeedback commence à se moderniser et à s’informatiser.

En 2009 et 2013, le neurofeedback fait l’objet d’une étude ciblée concernant son utilisation thérapeutique chez les enfants présentant un TDA. Bien qu’il y ait autant de TDA différents qu’il existe de patients atteints de ce trouble, les enfants concernés ont généralement tendance à présenter des ondes alpha de basses fréquences en lieu et place d’ondes bêta. De fait, les stimuli extérieurs ne parviennent pas à déclencher l’attention du patient, qui rencontre des difficultés à se concentrer et demeure en perpétuelle recherche de stimulation.

La pratique du neurofeedback a pour but de permettre aux TDA d’apprendre à maîtriser leur activité cérébrale « inconsciente », ce qui facilite leur effort de concentration conscient. Les résultats de cette étude ont démontré une amélioration significative des symptômes des sujets. La Haute Autorité Sanitaire (HAS) a néanmoins demandé à la sphère scientifique d’étayer son faisceau de preuves, notamment concernant les bénéfices à long terme du neurofeedback.

Une étude similaire menée en 2013 sur 8 essais cliniques a apporté des résultats convaincants venant étayer les travaux déjà réalisés sur l’intérêt thérapeutique du neurofeedback. Le National Institute for Health and Care Excellence (NICE) a cependant pointé du doigt le manque de preuves tangibles de l’efficacité du traitement par neurofeedback, le protocole de l’essai ne permettant pas de connaître la part du traitement médicamenteux associé.

 

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Aujourd’hui, l’utilisation du neurofeedback dans le traitement du TDA a fait ses preuves et est relativement répandue en remplacement ou en complément d’un traitement médical. L’HAS le préconise également pour soulager les enfants épileptiques, à titre « d’autre intervention non médicamenteuse ».

En définitive, si la majorité des institutions de santé tendent à considérer le neurofeedback comme une pratique thérapeutique encore balbutiante, ses résultats demeurent sans nul doute encourageants. Son arrivée fracassante sur le marché du bien-être présage de plus une accélération de la recherche sur son utilisation tant médicale que relaxante.

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